Grand requin blanc
L'attaque tragique de requin en Nouvelle-Calédonie de dimanche 30 septembre 2007 amène des interrogations légitimes sur le sujet des attaques de requins...
Tentative d'explication du drame de Lifou
C’est la première fois qu’un simple baigneur se fait tuer par un squale en Nouvelle Calédonie: lire notre article
Depuis deux ans, les rencontres ne cessent de se multiplier avec les requins. Comme cet énorme requin blanc venu rôder autour d’une palanquée de plongeurs bouteille il y a quelques semaines dans la passe de Boulari...
Les requins sont-ils en train d’envahir le lagon, poussés par la raréfaction des poissons du grand large ? C’est ce que pensent à tords certains pêcheurs et plaisanciers.
Les biologistes démentent cette idée reçue. Par contre, on peut affirmer avec certitude que les rencontres entre l’homme et le requin augmentent de façon significative depuis des années. Et si ces rencontres sont plus nombreuses, c’est essentiellement parce que les humains fréquentent beaucoup plus le lagon qu’avant.
Tourisme, vacances à la plage, loisirs nautiques et sous-marins peuvent expliquer cette progression de la fréquentation.
Et voilà que, dimanche 30 septembre 2007, c’est une jeune femme de 23 ans, simple baigneuse, qui est tuée par un grand requin, à Lifou, à quelques mouvements de brasse de la plage: lire notre article
Elle n’est pas la première dans cette zone du Pacifique. En janvier 2006, une jeune fille de 21 ans avait été à demi dévorée par deux requins bouledogue à dix mètres d’une plage proche de Brisbane en Australie. Elle nageait au milieu d’un groupe d’amies.
Eric CLUA
Eric CLUA est chercheur en détachement à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) auprès de la Secrétariat général de la Communauté du Pacifique - Secretariat of the Pacific Community (CPS). Pêche côtière, pêche hauturière et affaires maritimes font partie des missions de la CPS.
Il a contribué au projet DemEcoFish du CPS en qualité d'éco-ichtyologue. L'objet était d'étudier les interactions entre ressources récifales et démographie.
Il est également chef de programme de la cellule de coordination CRISP à Nouméa en Nouvelle-Calédonie.
Il est titulaire d'une thèse de médecine vétérinaire, du diplôme de l'ESSEC (Économie de l'environnement) et d'un diplôme de l'EPHE
Il est également instructeur de pêche sous-marine à la FFESSM et cadre à la commission nationale d'apnée de la FFESSM.
Il a est co-auteur d'un ouvrage sur la chasse sous-marine aux éditions Amphora .
Mais également co-auteur du dernier ouvrage collectif sur l'apnée (chapîtres entraînement, contribution du yoga): "Apnée de la théorie à la pratique " que nous avons présenté dans le cadre du livre du mois de juillet 2007.
Pour terminer, il a réalisé un moyen métrage de 21 minutes qui a eu la palme d'or 2002 dans la catégorie groupe B du Festival Mondial de l'Image sous-marine d'Antibes :
La mort aux trousses: 21 minutes
Il s'agissait d'un film sous-marin sur l'agonie d'une baleine bleue, dévorée par des requins bouledogues et une vingtaine de requins tigres en Nouvelle-Calédonie. Les images avaient été réalisé depuis une cage immergée.
Il ne faudra aux requins que 72 heures pour dépecer les 30 tonnes de l'animal mourrant.
Dans une interview parue dans le journal local: les Nouvelles calédoniennes de mardi 2 octobre 2007, Éric Clua précise que "le drame de dimanche est exceptionnel.. C’est la première fois depuis trente ans qu’une attaque mortelle frappe un simple baigneur. "
Pour lui, la mort de Stéphanie Belliard est à ranger dans la catégorie des "attaques non motivées", à l’opposé des agressions que peuvent provoquer indirectement les chasseurs sous-marins en fléchant des poissons qui saignent et émettent des signaux de détresse sur le territoire des requins.
Deux hypothèses peuvent être avancées selon lui pour expliquer l’attaque mortelle de dimanche 30 septembre 2007:
"Si l’animal avait faim et était en recherche de proie, il a pu commettre une morsure d’investigation. Il est venu goûter. Réalisant que la jeune femme n’était pas une proie familière, il s’est arrêté là. Il n’a mordu qu’une fois. Pas deux. Puis est reparti. Le problème, c’est qu’avec des prédateurs d’une pareille taille, une seule morsure suffit souvent à être mortelle. "
En effet, la morsure infligée à Stéphanie Belliard mesurait 35 à 40 centimètres de long de la hanche au genoux et a entraînée une hémorragie massive par atteinte de l'artère fémorale.
Il ne peut s’agir que d’un grand requin. Comme nous l'avançions dans notre précédent article, Eric Clua penche d’abord pour un requin tigre. Il peut aussi s’agir selon lui d’un gros requin bouledogue, ou encore, mais moins vraisemblablement, d’un grand requin blanc.
La deuxième hypothèse qu'il évoque également, c’est que le grand requin venait d’attaquer une proie, une tortue par exemple, et tournait autour en attendant qu’elle meure. Qu’un nageur s’aventure sans le savoir dans le périmètre de chasse d’un animal excité par la perspective du festin, et ce sera nécessairement perçu comme une intrusion appelant une riposte. En l’occurrence une morsure unique, mais fatale. Il s’agirait alors d’une "morsure de territorialité".
Dans ces deux cas, le requin ne cherche ni à tuer ni à manger. Dans le premier, il goûte pour voir, dans le second, il repousse l’intrus.
On peut noter que la victime n’a pas perdu de chair par arrachement, ce qui est en général, le mode opératoire du requin qui dépèce sa proie pour la manger.
Le risque d'attaques de requins ?
Grand requin blanc
Photo Shark Shield
L'International Shark Attack File (ISAF), base statistique géré par le Muséum d'Histoire Naturelle de Gainesville en Floride, recessence les attaques à l'échelle mondiale. Les faits contredisent sa réputation. On ne compte qu'entre 50 à 75 cas par an dont entre dix et trente mortels, ce qui est peu comparativement aux morts par piqures de guêpes, ou aux accidents de la route (8000 morts/an en France).
A titre de comparaison, d'après l'ISAF, en 1987, il y a eu 8064 morsures de chiens et 1587 morsures d'humains à New-York contre 13 de requins pour l'ensemble des USA.
Dans votre existence, vous risquez d'être plus facilement mordu par votre "animal familier" que par un requin.
Dans le registre sous-marin, le poisson-pierre en zone tropicale, modeste par sa taille et roi du mimétiste est beaucoup plus dangereux pour le plongeur que nous sommes. Touché ou piétiné par inadvertance, sa substance neurotoxique très puissante inoculée au plongeur peut lui être fatale.
Nos semblables fonctionnent beaucoup par idées reçues et préjugés que cela soient au sujet des accidents de plongée que des attaques de requins.Toute activité humaine comporte des risques qu'il n'est pas toujours facile d'évaluer.
Les attaques de requins inexpliquées en Nouvelle-Calédonie:
• Novembre 1978:
Un morceau de combinaison de plongée est
retrouvé dans le ventre d’un requin pêché au large du phare Amédée. Ce
lambeau a les mêmes caractéristiques que la combinaison d’un plongeur
de l’aquarium, disparu quelque temps plus tôt dans les eaux proches du
phare Amédée.
• Décembre 1979:
Un plongeur de l’ORSTOM (devenu depuis
l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD)) retrouve un masque et un tuba mordus par un requin à proximité du
récif Leroué, dans le lagon sud.
• Décembre 1996:
Un chasseur
sous-marin disparaît au cours d’une partie de pêche sous-marine. On
retrouve un peu plus tard son fusil-harpon et une partie de son matériel,
portant plusieurs traces de morsures de squales.
Par contre, il ne faut pas tomber dans l'excès inverse qui consisterait à considérer le requin comme un animal domestique et essayer de l'apprivoiser.
J'ai vu certains films et photos réalisés par des plongeurs amateurs lors de croisières plongée sur les îles Brothers, dans le sud de la mer Rouge (Egypte) qui ne peuvent rendre que dubitatif.
On y voyait des plongeurs chevauchant des requins océaniques (Carcharhinus longimanus) comme on le ferait avec des poneys. Ce requin du large est un requin territorial qui vient très près des plongeurs qui sont sur son territoire. On le rencontre le plus souvent lors du retour au bateau dans deux à trois mêtres, en pleine eau.
Un bon ami parti faire de la randonnée palmée seul a dû écourter sa ballade car plusieurs logimanus devenaient trop entreprenant. Même chose, pour une amie monitrice qui a eu quelques frayeurs sans gravité avec un longimanus devenu un peu trop curieux lors de la même croisière plongée aux îles Brothers (sud de la Mer Rouge).
Par contre, il ne faut pas oublier que cette espèce fait partie des requins potentiellement dangereux. Avec des comportements inconscients comme celui décrit plus haut, il ne faudra pas s'étonner qu'un jour il y ait un accident même avec des plongeurs bouteille pourtant peu concernés par les attaques de requins.
Le requin restera un animal sauvage. Sur 350 espèces, environ une trentaine d'espèces sont potentiellement dangereuse pour l'homme, tels les requins blancs, les requins bouledogues, les requins tigres les requins bleus, les requins océaniques,...
Les plongeurs sont peu concernés. Pour les rares attaques de "plongeurs bouteilles", il s'agissait de plongeurs évoluant près de colonnie de phoques. Leur silouhette ayant pu être mal identifiée par les requins blancs en cause, d'action de shark feeding (nourissage), de comportement imprudent comme le molestage d'un animal ou du fait de l'expression d'une territorialité.
Il s'agit surtout des surfeurs, des pêcheurs sous-marins et dans une moindre mesure les nageurs qui paient parfois un lourd tribu à leur pratique.
A titre d'exemple à la Réunion, d'après l'étude du Dr Géry Van Grevelynghe , sur 25 cas ressensés (100%), 1 cas (4%) concernait un "plongeur bouteille" contre 8 (32%) pour les surfeurs et véliplanchistes, 6 (24%) pour les pêcheurs sous-marins et 10 (40%) pour les baigneurs et autres.
Quelques ouvrages sur le sujet:
- Requins en liberté, Gérard Soury, Les rendez-vous de la nature, Nathan, 2001
- Plonger avec les requins, Jack Jackson, Artémis éditions, 2002
- Les requins, sous la direction de John D. Stevens, Encyclopédie visuelle, Bordas, 1987
- Guide des requins, A. et A. Ferrari, coll. Les compagnons du naturaliste, Delachaux et Niestlé, 2001
- Tous les requins du Monde, Géry Van Grevelynghe, Alain Diringer, Bernard Serret, Delachaux et Niestlé, 1999
- Requins, Piero et Alberto Angela, Alberto Luca Recchi, National Geographic, 2002
- Requins, les seigneurs de la mer , Gaetano Cafiero,Maddalena Jahoda, Editions Gründ
- Squales , Jeff Rotman, Editions ipo facto
- Requins , Doug Perrine, Editions Nathan
- Les requins, Patrick Louisy, Milan, 1998
- Les dents de la mort, Xavier Maniguet, J'ai lu n°3302, Robert Lafont, 1991
- Quand
les requins attaquent, 21 histoires vécues, déconseillées aux âmes sensibles, Marty Snyderman, Le pré aux Clercs, Récit, 1998
- Baignade accompagnée, Serge Brussolo, coll. Serial Thriller, Hachette, 1999
- Shark man, Rodney Fox
Qui est le prédateur ?
Les requins sont en voie de disparition. Leur population globale a baissé de 75% en 20 ans, d'après certaines estimations. Ils sont les victimes des palangriers industriels, des braconniers pour leur machoire ou dents, de leur pêche pour leurs ailerons pour confectionner la tristement célèbre soupe aux ailerons de requins. Les ailerons sont même parfois coupés sur le requin vivant et l'animal rejeté à la mer. Un véritable trafic qui a pignon sur rue existe afin d'alimenter notamment le marché asiatique et les restaurants chinois. Aproximativement 100 millions de requins par an sont sacrifiés pour quelques gourmets. C'est plus que la population française réunie !
Faites une recherche sur Internet sur le mot "finning" dans votre moteur de recherche préféré: ici et vous verrez qu'il est facile de faire son marché.
Le rapport conjoint du WWF et de l' IUCNsur la pêche et la vente de requins en Europe dans le cadre du programme Trafic vous permettra de constater que nous avons encore à balayer devant nos propres portes en Europe.
Les plongeurs, témoins privilégiés du monde sous-marin ont fait partie des premiers à prendre conscience de la nécessité de protéger les requins.
Certains plongeurs ambassadeurs de renons, par leur films documentaires ou articles diffusés auprès du grand public ont contribué pour une grande part à réhabilité le requin, maillon indispensable de l'écosystème marin.
Nous pouvons par exemple citer les noms de Ron et Valerie Taylor, Howard et Michele Hall, Rodney Fox, Marty Snyderman, Doung Perrine, Jean-Michel Cousteau, Christian Pétron...
Comme vous l'aurez compris, le véritable prédateur est l'homme.
Comme le suggère la Charte Internationale du plongeur Responsable, initiative de l'association Longitude 181 Nature , boycottez avec vigueur les restaurants qui mettent sur leur carte la soupe d'ailerons.
N'hésitez pas à devenir l'ambassadeur des requins autour de vous en faisant partager votre enthousiasme.
Plongez à la rencontre des requins, cela ne peut être que source de découvertes enrichissantes et d'un développement touristique durable.
A titre d'exemple, la petite ville de Gaansbai en Afrique du Sud est devenue la ville du grand requin blanc. A tel point que les autorités locales ont été obligée de légiférer afin d'éviter des dérapages.
Aujourd'hui, sur place le requin blanc a plus de valeur marchande vivant que mort. Allez plonger également dans d'autres parties du monde réputées, comme à Rangiroa en Polynésie française, spot de plongée, connu pour la variété et le nombre des requins rencontrés dans ses eaux.
Précédents articles sur les requins sur Aqua-web.net:
- Attaque de requin en Nouvelle Calédonie le 30 septembre 2007: ici
- Attaque de requin en Nouvelle Calédonie le 25 janvier 2007: ici
- Analyse du canular du web (hoax): Amour de requin ? : ici
- Nouvelle attaque de requin sur un surfeur à la Réunion le 27 août 2006: ici
- Attaque de surfeur par requin à la Réunion le 20 août 2006: ici
Liens pour aller plus loin:
- Autres liens Aqua-web.net sur les requins: ici
- Article: "Plonger avec les requins" - Apnéa n°150 de juillet/Août 2003: ici
Vidéo d'une attaque de surfeur par deux requins: ici
© Denis
Jeant - www.aqua-web.net - 5 octobre 2007
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