|
Page 2 sur 3
Quelles sont les compétences évaluées au travers de la Remontée Sans Embout ?
Il convient de rappeler tout d'abord que cette RSE ne concerne que les candidats encadrants, c'est-à-dire des plongeurs très chevronnés.
Il faut rechercher l'origine de cette épreuve dans l'historique de la plongée, quand personne ne possédait un second détendeur et surtout quand nous n'avions pas de manomètre. Les réserves mécaniques plus ou moins fiables étaient sensées permettre de percevoir l'approche de l'épuisement de la réserve d'air.
Il était donc légitime d'apprendre à un plongeur à remonter dans les meilleures conditions possibles à la suite d'une panne d'air qui n'était pas improbable.
Les conditions de la pratique sont aujourd'hui largement différentes et la RSE qui perdure n'a plus du tout le même objectif. C'est devenu une démonstration technique.
Le candidat encadrant doit démontrer la maîtrise de sa ventilation et le parfait contrôle de sa vitesse d'ascension dans le cadre de ses capacités à évoluer en trois dimensions. Il doit également faire preuve de sa sérénité dans ses évolutions. L'aspect psychologique n'est pas négligeable.
Ces performances nécessitent qui plus est un équilibre parfait du plongeur, le surlestage est incompatible avec la réalisation de cette épreuve.
Dans l'examen de BEES2, le test peut encore être affiné dans la mesure où cette remontée peut même être effectuée en utilisant le gilet, ce qui rend encore plus performante la démonstration portant sur la capacité à évoluer en trois dimensions.
Bien sûr, quand on parle de RSE, il faut évoquer le risque de surpression pulmonaire.
Il s'avère que la RSE n'est pratiquée que par des plongeurs très chevronnés et les accidents sont très rares.
Les consignes maintenant généralisées qui demandent aux candidats de ne pas entamer la remontée sur une inspiration forcée, mais au contraire sur un début d'expiration constituent un gage supplémentaire de très forte diminution du risque qui de toute manière ne peut pas être supprimé de notre activité.
Si les conditions matérielles d'organisation sont rigoureuses et si les démarches pédagogiques orientent clairement le futur encadrant vers l'objectif poursuivi, je l'affirme haut et fort : la RSE permet d'évaluer des compétences fondamentales pour le futur encadrant.
Qu'en est-il de la Démonstration Technique avec Handicap ?
Pour comprendre, il faut suivre la même démarche et reprendre l'historique de l'enseignement de la plongée.
Lorsque le gilet n'existait pas, dans le meilleur des cas, le plongeur encadrant était équipé de la bouée collerette que tout le monde appelait "la Fenzy", qui était pourvue de la fameuse petite bouteille de 0.4 L. L'utilisation de cette réserve était "diabolisée" et c'était vraiment en tout dernier recours qu'on pouvait la percuter.
Dans ces conditions, pour assister un plongeur en difficulté, il ne restait évidemment que les mollets… Heureusement les plongeurs n'étaient pas surlestés, sauf bien sûr les examinateurs de cette épreuve qu'on appelait d'ailleurs clairement le sauvetage force.
Il faut bien admettre que s'il fallait vraiment sauver un plongeur seulement avec les palmes, le gilet vide et la ceinture de plomb ressemblant à une cartouchière, il y aurait du souci à se faire. L'utilisation du gilet ne peut même pas être remise en question.
A ce propos, il manque donc un test dans nos examens d'encadrants : le sauvetage libre dans lequel la seule contrainte serait une remontée adaptée à la circonstance à traiter.
Le changement de nom de l'épreuve n'est donc pas seulement une question de sémantique même s'il est plaisant de sourire gentiment sur cette appellation, comme l'a fait mon ami Pierre Martin Razi, amoureux des (bons) mots, dans ses propos de paliers.
La DTH n'est plus un sauvetage et toutes les traditions qui se rapportaient à cette ancienne finalité sont désormais clairement obsolètes : plus de contrôle de la pression, de simulation de décrochage de ceinture, le pseudo syncopé n'est pus surlesté…
L'objectif est donc finalement assez proche de celui de la RSE : le futur encadrant doit démontrer qu'il peut parfaitement maîtriser la remise du détendeur en bouche puis contrôler sa remontée en matière de vitesse et de confort de son partenaire tout en fournissant un effort modéré en milieu hyperbare. On évalue donc le parfait contrôle des gestes qui doivent être rapides, efficaces mais non précipités.
Le tractage en surface correspond pour sa part, à un type d'effort assez courant pour un guide de palanquée : aider un plongeur de faible capacité physique à rentrer au bateau.
Je ne peux donc que vous répéter la même affirmation que pour la RSE : cette épreuve évalue vraiment des compétences d'un futur encadrant.
Conclusion
Je ne doute pas un seul instant que les autres écoles de plongée, particulièrement les anglo-saxonnes, forment tout aussi correctement leurs encadrants et je ne prétends pas que nous sommes les meilleurs du monde mais puisque nous ne sommes tout de même pas les plus mauvais, je vous l'avoue, j'ai une certaine tendresse pour nos spécificités.
Qu'on ne nous accuse pas d'être rétrogrades et conservatistes car les évolutions récentes de nos approches pédagogiques initialisées par la CTN plaident largement en notre faveur.
Instructeur National de la FFESSM
Membre du club des Dinosaures Subaquatiques.
NDRL: vous pouvez compléter votre lecture par l'article du même auteur intutilé: " En quoi l'enseignement de la technique du plongeur peut-il constituer un paradoxe ? paru dans la revue Subaqua n°216 de janvier/Février 2008 - page 92 et 93.
|