Résumé: |
Résumé:
Les
Centres Régionaux Opérationnels de Surveillance et
de Sauvetage en mer (CROSS), centres spécialisés des
Affaires Maritimes, dirigent et coordonnent les opérations
de recherche et de sauvetage en mer dont les Préfets Maritimes
ont la responsabilité.
1) STATISTIQUE NATIONALE CROSS:
L’ensemble des 7 CROSS métropolitains et d’outre
mer a dirigé en 2003, 131 opérations de recherche et
de sauvetage impliquant 173 plongeurs autonomes dont 8 morts et disparus.
A titre de comparaison, l’étude nationale annuelle menée
par le Dr Granjean recense en 2003, 365 accidents de plongée
sportive traités par hyperbarie. Les CROSS n’ont connaissance
que de 30% des accidents alors que 85% des accidents surviennent dans
l’heure suivant la sortie de l’eau et plus de 50% dans
la première demi-heure, lorsque le navire est encore en mer.
Pour les CROSS, l’année 2003 se situe dans la fourchette
des 4 dernières années en ce qui concerne le nombre de
plongeurs secourus (entre 160 et 190). Le nombre d’opérations
atteint son niveau maximal depuis 10 ans. Le nombre de décès
reste stable (identique à 2002).
En plongée libre, le nombre d’opérations (50) et
de pratiquants secourus (56) a baissé. Néanmoins, on
enregistre une hausse significative des décès, qui atteint
son niveau maximal depuis 10 ans (25 morts et disparus).
2) STATISTIQUE CROSS-MED:
Le CROSS-MED, réalise 80% des opérations de sauvetage
en mer au profit de la plongée en France. L’analyse détaillée
de ces opérations permet de dresser un bilan contrasté des
risques de cette activité, en comparant l’accidentologie
au volume de l’activité.
En 2003, le CROSS-MED a dirigé 99 opérations impliquant
124 plongeurs autonomes dont 7 orts et 17 opérations impliquant
18 pratiquants en plongée libre dont 5 morts.
Le nombre d’opérations au profit de la plongée
autonome poursuit sa progression (accroissement annuel de 8,5 % depuis
5 ans, soit + 42,5 % sur cette période). Le nombre d’opérations
au profit de la plongée libre est en baisse par rapport à 2002.
Il reste stable sur les 5 dernières années.
124 plongeurs autonomes ont été secourus au total (96
en 2002) dont 28 retrouvés après recherches (10 en 2002)
et 96 impliqués dans un accident/incident de plongée
(84 en 2002).
Le nombre de plongeurs autonomes secourus à la suite d’un
incident/accident de plongée est en légère augmentation
: 87 plongeurs (contre 76 en 2002) ont été évacués
par le CROSS-MED vers une structure médicale.
Le nombre de décès enregistrés en plongée
autonome en Méditerranée reste dans la moyenne de ceux
enregistrés ces 10 dernières années (médiane à 7,5/an
pour la plongée autonome depuis 10 ans, 11/an sur 20 ans).
3) ANALYSE STATISTIQUE:
Ces signalements d’accidents doivent être analysés,
en collaboration avec la communauté médicale, afin
d’en déterminer la nature exacte. La symptomatologie
des cas traités a, en effet, beaucoup évolué ces
dernières années, comme la population des plongeurs
impliqués (vieillissement, état de santé …)
et de nombreux cas n’entrent pas dans la catégorie des « accidents
de plongée » proprement dits mais des « accidents
en plongée ». Cette accidentologie doit également être
rapportée au volume de plongées effectuées.
En effet, la courbe des interventions suit globalement l’évolution
du nombre de pratiquants.
L’accroissement de l’activité des CROSS dans le
domaine de la plongée autonome peut également être
analysé comme la résultante d’une meilleure application
des procédures de secours en mer. De multiples actions de
communication en direction des clubs et centres de plongée
ont été menées ces trois dernières années,
afin de réduire les délais d’évacuation.
Les directeurs de structures ont, probablement davantage le réflexe
d’aviser préventivement le CROSS en cas de doute ou
d’incident. L’exigence de rigueur imposée par
une clientèle revendiquant des conditions de sécurité maximales,
et la judiciarisation grandissante des suites des accidents, expliquent également
cette prise de conscience.
Les structures organisées représentent 69% des appels,
contre 8% pour les particuliers et 4% pour les plongeurs professionnels
(19% indéterminés). Dans bon nombre de cas, ces accidents
ne sont pas le fait des structures de plongée concernées
mais de leurs clients ou adhérents. Les consignes d’appel
diffusées par le CROSS sont souvent mieux connues des clubs
et centres de plongée que des particuliers. De plus, la pratique
en structure est probablement beaucoup plus développée
que la pratique individuelle. Enfin, les structures de plongée
sont souvent mieux équipées en moyens d’appel
que les particuliers (VHF).
Les accidents traités se concentrent majoritairement dans
la région PACA, notamment dans le Var. Les chiffres concernant
les accidents dans les autres départements sont probablement
très sous évalués. L’appel au CROSS y
est moins développé, au profit de « procédures » d’alerte
plus «locales». Un nombre important de plongeurs donnent
l’alerte en mer à des structures de secours terrestres;
cette pratique, contraire aux procédures réglementaires,
ayant tendance à se généraliser avec l’utilisation
de la téléphonie mobile. Ce comportement etarde, parfois
considérablement, des évacuations susceptibles d’être
menées en mer.
45 % des accidents ont lieu en saison estivale et 55 % hors saison.
Le pic d’activité annuel a lieu lors des week-ends du
mois de mai. On peut supposer, comme causes à ces accidents,
un manque de préparation des plongeurs, ainsi que des facteurs
favorisants connus sur ce type de séjours courts (fatigue
du voyage, plongées profondes et répétitives
sans réadaptation, manque de technicité, méforme
physique, hygiène de vie … etc).
Les loisirs sous-marins ne représentent que 5,5 % des opérations
de sauvetage traités par le CROSS-MED et ne concernent que
2,6 % des pratiquants impliqués dans ces opérations.
Cependant, ils provoquent près de 27 % des décès
enregistrés. En données relatives (proportion de décédés
par rapport aux personnes impliquées), ils représentent
la seconde cause de décès après la baignade
(12,9 % pour la baignade, 8,5 % pour les loisirs sous-marins). Ces
données confirment que si le taux d’incidence (ratio
d’accidents sur le nombre de plongées effectuées)
est faible, les accidents de loisirs sous-marins ont un indice de
gravité supérieur à celui des autres loisirs
nautiques.
Le ratio « morts+disparus/nombre de personnes impliquées » reste
très élevé pour les accidents de plongée
libre (27,7 %), confirmant la gravité du pronostic de ces
accidents. La plongée libre est l’activité nautique
qui enregistre l’indice de gravité le plus élevé.
Ces accidents ont toujours lieu en dehors de pratiques collectives,
au cours de plongées solitaires ou en l’absence de surveillance
adaptée. Les victimes sont le plus souvent des estivants auto-formés,
qui pratiquent occasionnellement. Parmi ces pratiquants, il convient
de ne pas faire d’amalgame entre chasseurs sous-marins et apnéistes,
ces derniers pratiquant généralement l’apnée
de manière collective. En matière de prévention,
la sécurité passe par l’incitation à la
pratique collective et encadrée, au sein de structures spécialisées.
4) ANALYSE DES
OPERATIONS 2003:
La transmission directe de l’alerte au CROSS, qui permet d’éviter
une perte de temps dans la mise en oeuvre des moyens de secours,
a été davantage utilisée. C’est probablement
l’un des effets des recommandations diffusées aux clubs
et centres de pongée. Il n’est donc pas inutile de poursuivre
les actions de communication entreprises. Le message clé en
matière de transmission d’alerte (VHF 16 en mer / Tel
15 à terre) commence à entrer dans les esprits.
L’utilisation du portable, comme mode d’alerte a également
progressé. C’est peut-être l’effet de la
mise en place, à titre expérimental dans le Var, du
numéro unique des CROSS, le 1616. Il est rappelé que
ce numéro court a été mis en service afin de
faciliter le contact des CROSS pour les témoins à terre,
pour les personnes signalant des inquiétudes et pour les usagers
occasionnels de la petite plaisance, non équipés en
VHF. Il reste un numéro d’appel à usage terrestre
et ne saurait se substituer à la VHF marine, qui reste le
moyen d’alerte à privilégier, en raison des possibilités
de contacts qu’elle permet d’établir avec les
moyens de secours sur zone (hélicoptères, canots SNSM).
Le profil-type du plongeur accidenté traité par le
CROSS-MED en 2003 n’a pas fondamentalement évolué par
rapport à 2002. Il s’agit toujours d’un homme
(76%), d’une quarantaine d’années (moyenne : 39
ans), plongeant au-delà de 30 mètres.
De nombreuses interventions sont encore dues à des remontées
anormales, causées par une mauvaise préparation et
exécution de la plongée (gestion d’air, planification
insuffisante des paliers, profil de plongée) ou à un
défaut de préparation ou d’utilisation du matériel
(ordinateur, lestage, gilet). Néanmoins, la majorité des
cas enregistrés en 2003 ne comportent pas d’erreurs
de procédures. Selon l’étude menée par
le Dr Grandjean, 57,44 % des accidents étudiés en 2003
ont eu lieu avec respect du profil de décompression choisi.
En revanche, 44,44 % des cas présentaient des facteurs favorisants.
Il apparaît qu’il n’y a pas de corrélation
absolue entre accidents et erreurs de procédures. On ne constate
pas non plus de corrélation entre le genre masculin ou féminin
du plongeur et les accidents. En revanche, il y a une corrélation évidente
entre plongées profondes et accidents. 68% des accidents ont
lieu à l’issue de plongées effectuées à plus
de 30 m. De même, il existe une corrélation entre âge
du plongeur et accidents. La moyenne d’âge des plongeurs
augmente. Les plus de 40 ans représentent 48% des accidentés.
La qualité du premier secours, encore très perfectible,
semble s’améliorer. L’oxygène est administré dans
la majorité des cas. En revanche, la réhydratation,
indispensable au même titre que l’oxygène, est
souvent peu ou pas effectuée.
Le délai médian de prise en charge par les secours
s’est amélioré (33mn contre 40mn en 2002). La
durée totale d’évacuation, autour d’1h20mn,
n’a que peu évolué entre 2002 et 2003. Celle-ci
reste toutefois inférieure à 1h30, délai idéal
souhaité par les hyperbaristes.
L’évacuation à quai, choisie à 77% par
les navires de plongée et suivie d’une évacuation
secondaire par voie terrestre dans 53% des cas, reste majoritaire.
Or, l’analyse des délais d’évacuation montre
que c’est la voie la moins rapide (1h30 environ contre 40 mn
pour l’hélitreuillage sur le site de plongée).
En 2003, l’évacuation aérienne directe en mer,
par hélitreuillage sur le site de plongée, a progressé.
De ce fait, on compte davantage d’évacuations effectuées
en moins d’une heure. Ce choix, effectué lorsque le
navire est à plus de 20/25mn d’un port ou non manoeuvrant
(palanquées à l’eau), permet de réduire
considérablement la durée totale de l’évacuation.
L’hélicoptère, par sa vitesse et l’évacuation
directe qu’il permet d’effectuer, du site de plongée
au service hyperbare, évite les transferts multiples et s’affranchit
des délais induits par les encombrements routiers. L’employer
plus fréquemment en mer nécessite que les responsables
des centres de plongée anticipent cette possibilité,
en appelant le CROSS très précocement et consentent à rester
en attente sur zone. « Le temps «perdu» à attendre
un hélicoptère en mer est du temps gagné sur
l’ensemble de l’évacuation ».
5) PLONGEURS
A LA DERIVE:
28 plongeurs ont été retrouvés après
recherche (plongeurs à la dérive ou inquiétudes
sur plongeurs non remontés) en 11 opérations soit 22,6
% du total des plongeurs secourus en 2003 (124). Ce type d’opération
est donc à la hausse par rapport à l’année
précédente, sans atteindre le pic de 48 plongeurs enregistré en
2001.
Ces opérations se déroulent en majeure partie en arrière
saison. La dégradation des conditions météorologiques à cette
période est alors l’un des facteurs déclenchants.
En mer, les conditions météorologiques évoluent
rapidement et souvent avec violence. Leur prise en compte est essentielle
pour la sécurité des pratiquants.
L’état de la mer, la force du vent, la force du courant,
les conditions de récupération en surface, la proximité de
la nuit, la nécessité d’une sécurité en
surface, sont autant de paramètres qui devraient être
pris en compte par les pratiquants.
Le retour d’expérience mené depuis plusieurs
années par le CROSS-MED, montre que les évènements
de mer qui donnent lieu aux opérations de sauvetage les plus
lourdes et qui mobilisent les dispositifs les plus importants concernent
la plaisance légère et les loisirs sous-marins.
En effet, en Méditerranée, où la dégradation
des conditions météorologiques peut être très
rapide et soudaine et où les vents dominants portent au large,
les plongeurs sont les plus vulnérables et les plus exposés
au risque d’une longue dérive en mer.
Ces recherches s’effectuent le plus souvent, dans des conditions
très défavorables, par mer forte et par mauvaise visibilité,
ou de nuit, avec une très faible probabilité de détection.
En effet, l’essentiel de la problématique de ces opérations
réside dans l'extrême difficulté de repérage
des plongeurs en mer. Les sauveteurs en mer soulignent fréquemment
la difficulté d’effectuer efficacement leur mission,
en raison de l’inadéquation de l’équipement
de plongée.
La très grande majorité du matériel est de couleur
sombre et les plongeurs sont très rarement équipés
de « kits de repérage ».
Les fabricants et distributeurs de matériel ont, à cet égard,
un rôle très important à jouer dans la prévention
en proposant un matériel plus visible et en faisant la promotion
auprès de leurs clients du matériel de signalisation
individuelle (cyalumes, lampes-flash, signaux pyrotechniques jour-nuit
pour plongeurs). La mise au point d’équipements prenant
en compte le critère du repérage devient indispensable.
- « Pour être
secouru, il faut être vu ».
- « Soyez des amateurs éclairés ».
De jour, comme de nuit, ne plongez jamais sans matériel de
signalisation individuelle : signal pyrotechnique jour/nuit, lampe-flash,
cyalumes.
6) RECOMMANDATIONS:
Le retard dans la mise en alerte des secours est le plus souvent
le fait de l’accidenté lui-même, qui n’ose
pas signaler ses problèmes (Dans 62,22 % des cas en 2003,
l’alerte a été donnée plus de 30 mn
après les premiers signes d’accident).
ll faut clairement déculpabiliser les pratiquants. L’accident
n’est pas nécessairement lié à une faute
et peut, statistiquement, arriver à tout le monde.
Une grande partie des accidents survient avec respect des procédures
de décompression. Ce sont des marges de sécurité insuffisantes
qui sont la plupart du temps en cause (facteurs favorisants, profils
de plongée, utilisation inadaptée des ordinateurs …).
Une sensibilisation des plongeurs doit être effectuée
pour leur inculquer les réflexes en cas de survenue de symptômes
anormaux après une plongée.
Un certain nombre d’accidents ont entraîné un
arrêt cardio-circulatoire en plongée. La présence
d’un DSA à bord des bateaux de plongée et la
formation des secouristes à son utilisation pourrait être
envisagée afin de faire face aux possibles arythmies graves
sur les lieux de plongée.
Savoir demander du secours peut limiter les conséquences d’une
situation délicate. En mer, l’appel doit être
donné le plus tôt possible, dès la constatation
des premiers symptômes et avant de faire route. Cela permet
au CROSS d’anticiper et d’organiser une évacuation
en mer.
Si le navire n’est pas manoeuvrant (palanquées à l’eau)
ou sur un site éloigné, cette option s’impose
d’évidence.
Suivre les consignes du CROSS et laisser le Coordonnateur de Mission
de Sauvetage du CROSS prendre la meilleure décision en fonction
de la situation et des moyens disponibles.
7) PROCÉDURE D’ALERTE:
2 numéros à retenir
: 15 et 16
- En mer : CROSS : VHF 16 (ou ASN)
- A
terre : SAMU : appel téléphonique
du Centre15 (interconnecté au
18/112)
Le portable est inadapté en mer et ne peut en aucun cas remplacer
la VHF pour la sécurité. Tous les sauveteurs en mer
sont équipés en VHF marine.
Il est rappelé que la transmission de l’alerte au CROSS
lorsque l’accidenté se trouve en mer est une obligation
réglementaire. (...)
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